Dix-huitième numéro de Vu pour vous 👀
Chaque semaine, je regarde (beaucoup) de vidéos à votre place et je garde les meilleures - IA, finance, tech, business. Pour chacune : un résumé, mon avis, la durée et le lien. La veille faite, à votre place.
Au menu de la semaine passée (12/10-18/10) : 16 vidéos triées sur 7 205. Le fil rouge, cette fois : les fondations avant la performance.
Côté IA, on en parlait la semaine dernière, et les chiffres arrivent : en améliorant seulement l'outillage autour d'un petit modèle, sans le réentraîner, une équipe de recherche le fait passer devant un modèle bien plus gros. Même logique côté infrastructure : l'entreprise qui fait le plus parler d'elle ne vend pas d'intelligence artificielle, elle vend de l'électricité, des bâtiments et des serveurs.
Côté argent, la même idée sous une autre forme. Avant de choisir un placement, il faut un budget, une épargne de précaution, un horizon. Et les erreurs qui coûtent le plus cher ne viennent pas du marché : elles viennent de nous. Côté entreprise enfin, celles qui plafonnent manquent rarement d'idées ; elles manquent d'un modèle qu'on peut reproduire.
💛 Le coup de cœur de la semaine
🇬🇧 The $30B Company OpenAI Pays Rent To - Gabriel Jarrosson (Lobster Capital), 10 min
Crusoe a commencé en 2018 en captant du gaz brûlé à la torche sur des sites pétroliers pour miner du Bitcoin. Le métier n'a pas changé : trouver de l'énergie, y installer de la puissance de calcul, la louer. Seul le client a changé : c'est maintenant l'IA. Résultat, une valorisation rapportée d'environ 30 milliards de dollars.
Ce qui rend la vidéo précieuse, c'est la fin : l'auteur ne s'arrête pas à l'enthousiasme et donne le seul chiffre à surveiller, la part de la capacité signée qui tourne réellement et rapporte. → Entrée détaillée au n°15.
📑 Au sommaire
🤖 IA
- 🇬🇧 Un harnais logiciel qui s'améliore tout seul pour les agents d'IA - AI Research Roundup
- 🇬🇧 Des agents qui réfléchissent en silence et parlent seulement pour agir - AI Research Roundup
- 🇬🇧 Les meilleurs projets d'agents IA de la semaine - ManuAGI
💶 Finance 4. 🇫🇷 Intégrer le non coté dans sa stratégie patrimoniale - B SMART 5. 🇫🇷 Épargne, impôts, couple : les choix les plus importants - La Martingale 6. 🇫🇷 Pleurez, vous avez investi pour rien ! - Matthieu Louvet 7. 🇫🇷 En 18 min, vous allez enfin comprendre comment devenir riche - MoneyRadar 8. 🇫🇷 C'est grave : le gouverneur de la banque centrale panique sur France Inter - Victor Ferry
🛠️ Tech & dev 9. 🇬🇧 10 outils en ligne de commande vraiment utiles pour les développeurs - Cloud X Berry 10. 🇬🇧 Les 3 niveaux de l'ingénierie du harnais, du débutant au pro - Leon van Zyl 11. 🇬🇧 Les projets open source GitHub de la semaine - ManuAGI 12. 🇬🇧 Des centres de données sous les ombrières des parkings - CNBC Television (LT350)
💼 Business 13. 🇫🇷 Pourquoi 96 % des entreprises ne passeront jamais 2 M€ de CA - Le Déclic par Alec Henry 14. 🇬🇧 Construire une fois, être payé chaque mois : le business ennuyeux des sites web - Nick Ponte 15. 🇬🇧 L'entreprise à 30 milliards à qui OpenAI paie un loyer 💛 - Gabriel Jarrosson 16. 🇫🇷 Il se passe quoi avec les formations ? - Antoine BM
▶️ Les 16 vidéos en une seule playlist "Vu pour vous #18"
🤖 IA
1. Un harnais logiciel qui s'améliore tout seul pour les agents d'IA
🇬🇧 AI Research Roundup · ⏱️ 5 min
Le compte rendu d'un travail de recherche sur une question très concrète : comment améliorer un agent d'IA déjà en service sans réentraîner son modèle, et sans casser ce qui marche. La réponse proposée : faire évoluer pas à pas le "harnais", c'est-à-dire tout ce qui entoure le modèle - les consignes, la mémoire, l'enchaînement des étapes, le code des outils - et n'accepter une modification qu'après l'avoir testée sur des tâches de validation indépendantes. Sur un test de tâches dans des tableurs, un petit modèle passe ainsi d'environ 30 % à près de 78 % de réussite, devant un grand modèle qui plafonne à 76 % en n'ajustant que ses compétences. Autre gain cité : en réutilisant les outils qu'il a déjà fabriqués, l'agent économise plus de 110 000 jetons et une vingtaine de secondes dès la cinquième tâche.
💡 Mon avis : le mot "harnais" revient une deuxième semaine de suite, et cette fois avec des chiffres : un petit modèle bien outillé qui dépasse un grand, c'est exactement l'argument qui manquait. L'idée de ne valider une amélioration qu'après des tests séparés est aussi la bonne réponse à la peur légitime de voir un agent "se modifier tout seul". Réserves : cinq minutes pour un article de recherche, donc aucun détail sur les jeux de tests, le nombre d'essais ou le coût total ; le mot "certifié" n'est pas défini ; et rien ne dit si les gains tiennent hors des tests présentés.
2. Des agents qui réfléchissent en silence et parlent seulement pour agir
🇬🇧 AI Research Roundup · ⏱️ 5 min
Deuxième article de la même chaîne, sur un autre défaut des agents : ils "pensent à voix haute" en écrivant de longs raisonnements, ce qui coûte cher en calcul. Les chercheurs proposent un agent hybride qui réfléchit en interne, sans produire de texte, et ne repasse à l'écriture qu'au moment d'appeler un outil (une recherche, un calcul). Un petit module ajouté au modèle fait la jonction entre les deux modes, et un outil d'inspection traduit cette réflexion silencieuse en pseudo-texte lisible, pour garder une trace. Résultats annoncés : un coût de génération divisé par trois, une précision en hausse d'environ 10 %, jusqu'à deux fois moins de texte produit, et 52 % de réussite moyenne sur un test d'assistants généralistes pour la plus grosse version. Le code et les modèles sont publiés.
💡 Mon avis : pour les curieux de la mécanique, c'est une piste qui pourrait faire baisser sensiblement la facture des agents, et le fait que le code soit public permet de vérifier. Le point qui me retient est l'inspecteur : un agent qui raisonne en silence n'est acceptable que si l'on peut relire ce qu'il a "pensé". Réserves : les tests de référence et les modèles comparés sont mal décrits, la fidélité de la traduction en texte n'est pas mesurée, et le coût d'entraînement de l'ensemble n'est pas donné.
3. Les meilleurs projets d'agents IA de la semaine
🇬🇧 ManuAGI · ⏱️ 22 min
Une revue de vingt projets d'agents d'IA, rangés par usage : bureaux où plusieurs agents travaillent ensemble, modèles rapides et bon marché pour les gros volumes (dont Claude Haiku 5.5, sorti la semaine précédente), outils en ligne de commande donnant accès à plus de 160 modèles, couches de sécurité et de conformité pour encadrer des agents, outils de voix et de musique. Le passage le plus frappant concerne un modèle de vidéo en temps réel : lors d'appels d'une minute, près de la moitié des personnes testées auraient cru parler à un vrai humain. La liste se termine sur des espaces de travail partagés entre humains et agents, et même un appareil d'assistance à la marche.
💡 Mon avis : à survoler en accéléré, chapitres à l'appui, pour repérer un ou deux noms à suivre. La famille la plus utile cette semaine est celle des couches de sécurité et de conformité : c'est ce qui manque le plus aux agents qu'on veut mettre au travail sur de vraies données. Le chiffre sur la vidéo en temps réel, lui, donne à réfléchir sur les arnaques à venir. Réserves : presque tout vient des annonces des éditeurs, beaucoup de projets sont en bêta ou sur liste d'attente, et ni les prix ni la confidentialité ne sont examinés.
💶 Finance
4. Intégrer le non coté dans sa stratégie patrimoniale
🇫🇷 B SMART · ⏱️ 17 min
Depuis la réforme du format ELTIF en janvier 2024, des fonds investis dans le non coté (capital-investissement, dette privée, immobilier, infrastructures) sont accessibles avec des tickets de l'ordre de 1 000 à 10 000 €, là où l'investissement direct demande souvent 100 000 € et plus. Les intervenants expliquent comment s'en servir. D'abord définir un "budget d'illiquidité" : l'argent dont on n'aura pas besoin avant 5 à 10 ans. Ensuite choisir le gérant (historique, frais, conditions de sortie), en sachant que la liquidité relative de ces fonds se paie souvent par un rendement inférieur au sous-jacent. Allocations constatées par les intervenants : environ 5 % pour un patrimoine sous 250 000 €, 10 à 15 % entre 250 000 € et 2 M€, autour de 30 % pour les grandes fortunes. Ils recommandent aussi le marché secondaire (racheter des parts existantes avec une décote, entre 11 et 15 % selon eux, et récupérer son argent plus vite) et appellent à la prudence sur la dette privée.
💡 Mon avis : l'idée du "budget d'illiquidité" vaut à elle seule les dix-sept minutes : avant de se demander quel fonds choisir, se demander combien on peut bloquer sans jamais être contraint de vendre. C'est le bon complément à la vidéo Bpifrance du numéro précédent, plus pédagogique, celle-ci plus pratique. Réserves : les pourcentages d'allocation et les décotes sont des constats d'intervenants, pas des statistiques sourcées ; l'écart de rendement entre un ELTIF et son sous-jacent n'est pas chiffré ; et ce sont des professionnels qui vendent ce type de solutions.
5. Épargne, impôts, couple : les choix les plus importants
🇫🇷 La Martingale · ⏱️ 1 h 07
Un entretien sur les décisions patrimoniales qui comptent vraiment, avec une thèse d'ouverture : l'éducation financière devient plus nécessaire avec l'IA, pas moins. Deux études universitaires sont citées : moins on s'y connaît, moins on donne d'informations à son assistant, et moins ses conseils sont adaptés. L'invitée passe ensuite en revue qui consulter et quand (banquier, conseiller en gestion de patrimoine, courtier, notaire, avocat), en insistant sur la transparence des rémunérations. Le couple occupe une large place : parler du régime matrimonial avant de se marier, refaire un point tous les 5 à 10 ans, prévoir testament et protections à chaque événement (naissance, mutation, création d'entreprise). Côté placements, les besoins et les projets passent avant les produits, jugés sur quatre critères : horizon, rendement, risque, liquidité. L'assurance-vie, qui pèse 2 100 milliards d'euros selon le chiffre cité, n'est pas toujours le bon contenant.
💡 Mon avis : le passage le plus utile n'est pas celui sur l'IA, c'est celui sur le couple : le régime matrimonial est la décision patrimoniale que l'on prend le plus souvent sans y penser, et l'idée d'un "point d'étape" tous les cinq à dix ans est simple à appliquer. La remarque sur les assistants d'IA tient pourtant : on ne peut challenger une réponse que si l'on connaît les bases. Réserves : les études sont citées sans référence, le chiffre sur les divorces est confus, les seuils d'entrée des contrats luxembourgeois se contredisent dans l'échange, et une heure sept pour ces messages, c'est long.
6. Pleurez, vous avez investi pour rien !
🇫🇷 Matthieu Louvet · ⏱️ 15 min
Le point de départ : en 2024, l'indice S&P 500 a gagné 25 %, mais l'investisseur américain moyen n'a obtenu que 16,5 %, selon une étude annuelle citée sur le comportement des épargnants. Soit 8,5 points perdus en une seule année. Les causes passées en revue : un horizon trop court, des enveloppes mal choisies (plus de 60 % des encours d'assurance-vie restent sur des fonds euros), des investissements guidés par la défiscalisation (une moins-value moyenne d'environ 16 000 € sur un Pinel revendu après 9 ans, selon un rapport public de 2019), et surtout les biais : vendre dans la panique, acheter au sommet, trop bouger. Exemple chiffré : 100 000 € placés dix ans donnent environ 129 000 € à 2,6 % par an, contre 222 000 € à 8,5 %. La recommandation : une stratégie régulière, diversifiée, adaptée à ses objectifs, et des supports qui capitalisent.
💡 Mon avis : huit points et demi en une année, c'est la mesure la plus parlante que je connaisse de ce que coûtent nos réflexes, et elle complète bien la vidéo sur les biais du numéro précédent. Le passage sur la défiscalisation est aussi un bon rappel : un avantage fiscal ne transforme pas un mauvais placement en bon. Réserves : l'exemple à 8,5 % par an est une hypothèse, pas une promesse ; l'horizon de "13 ans sans perte" sur les actions américaines n'est pas sourcé ; et la vidéo se termine sur une formation offerte par la chaîne.
7. En 18 min, vous allez enfin comprendre comment devenir riche
🇫🇷 MoneyRadar · ⏱️ 18 min
Un parcours en quatre étapes pour qui part de zéro. Un budget d'abord, avec la règle 50/30/20 comme repère (besoins, envies, épargne) et un examen de 30 jours de relevés, qui permettrait selon la vidéo de trouver 150 à 400 € de dépenses superflues par mois. Une épargne de précaution ensuite, de 3 à 6 mois de dépenses sur un Livret A ou un LDDS, alimentée par des virements automatiques dès 50 €. Puis un investissement simple : un fonds indiciel monde acheté tous les mois, idéalement dans un PEA. Enfin une organisation à trois comptes (courant, livret, PEA ou compte-titres) et la chasse aux crédits à la consommation. L'argument de fond est celui des intérêts composés, illustré par un exemple choc : trois euros de café par jour vaudraient plus d'un million d'euros sur une vie d'épargnant.
💡 Mon avis : titre racoleur, contenu sage. Derrière la promesse de "devenir riche", c'est un vrai guide de démarrage, dans le bon ordre : budget, précaution, puis placement. Pour quelqu'un qui n'a jamais fait ses comptes, c'est le plus concret de la rubrique. Réserves : l'exemple du café suppose un rendement de 8 % par an tenu pendant plusieurs décennies, ce qui n'est pas dit ; plusieurs exemples chiffrés se contredisent dans la vidéo ; et certaines affirmations ("tous les riches tiennent leurs comptes") sont lancées sans preuve.
8. C'est grave : le gouverneur de la banque centrale panique sur France Inter
🇫🇷 Victor Ferry · ⏱️ 25 min
Le point de départ est une intervention du gouverneur de la Banque de France à la radio. Le constat chiffré, selon la vidéo : les taux d'emprunt de l'État ont fortement remonté, autour de 4,8 % à dix ans, avec un écart d'environ 1,3 point avec l'Allemagne. La charge d'intérêts de la dette augmenterait d'une dizaine de milliards en 2027 pour atteindre environ 90 milliards d'euros, soit à peu près ce que rapporte l'impôt sur le revenu, au risque de devenir le premier poste du budget et d'évincer l'éducation, le social ou la défense. Les causes avancées mêlent le contexte international (hausse des taux venue des États-Unis, tensions au Moyen-Orient) et des raisons françaises (déficit, incertitude sur le budget). Conclusions pratiques de l'auteur : ne plus compter sur l'État pour sa retraite, investir régulièrement sur le long terme, distinguer épargne et investissement.
💡 Mon avis : prudence avant tout : la vidéo mêle un constat sérieux et beaucoup d'opinion politique, et c'est le constat qu'il faut garder. Une charge d'intérêts qui rejoint le rendement de l'impôt sur le revenu est un fait qui concerne tout le monde, parce qu'il pèse sur tous les autres choix publics. La conclusion pratique, elle, rejoint les vidéos de Louvet et de MoneyRadar : préparer sa propre épargne de long terme. Réserves : la plupart des chiffres et des projections sont donnés sans source, le ton est volontairement alarmiste ("panique" est une lecture de l'auteur), et plusieurs jugements politiques sont présentés comme des évidences.
🛠️ Tech & dev
9. 10 outils en ligne de commande vraiment utiles pour les développeurs
🇬🇧 Cloud X Berry · ⏱️ 9 min
Dix petits utilitaires, chacun présenté par le problème précis qu'il règle. Côté exploitation : suivre la propagation d'un changement DNS jusqu'à ce que tous les serveurs soient d'accord, surveiller et gérer ses conteneurs Docker depuis un seul écran, transférer un fichier chiffré d'une machine à l'autre avec reprise en cas de coupure, modifier des fichiers de configuration (YAML, JSON, TOML...) par script. Côté code : rejouer l'historique Git sous forme d'animation, et gérer facilement plusieurs copies de travail d'un même projet, pratique pour faire travailler des agents d'IA en parallèle. Et quelques dépanneurs : explorer un jeu de données comme un tableur dans le terminal, générer une expression régulière à partir d'exemples, retrouver et supprimer les fichiers de compilation qui encombrent le disque, vérifier quels modèles d'IA locaux sa machine peut faire tourner.
💡 Mon avis : dix outils, et au moins deux qui servent dès demain : le générateur d'expressions régulières à partir d'exemples, et le nettoyeur de fichiers de compilation pour qui a dix projets qui dorment sur son disque. Le format est efficace : un problème, un outil, pas de remplissage. Réserves : le "10 fois plus productif" du titre n'est évidemment pas mesuré, et la vidéo ne dit rien des systèmes compatibles, de l'installation ni de la sécurité de ces outils.
10. Les 3 niveaux de l'ingénierie du harnais, du débutant au pro
🇬🇧 Leon van Zyl · ⏱️ 16 min
Une formule pour commencer : un agent de code, c'est un modèle de langage plus un harnais, c'est-à-dire l'environnement, les règles, les outils, la mémoire et les garde-fous qu'on lui donne. Niveau 1, la configuration : bien régler le harnais fourni par l'éditeur, avec des fichiers de consignes et de documentation, des déclencheurs automatiques en fin de tâche, et une méthode pour sauvegarder l'avancement avant que la mémoire de travail du modèle ne sature. Niveau 2, le harnais sur mesure : imposer ses propres règles, contrôler les outils, alléger les consignes pour les modèles locaux - certains harnais occupent plus de 30 000 jetons avant le premier message, quand une version allégée tient en 1 400. Des expériences citées montrent des gains nets en changeant seulement de harnais (de 53 % à 66 % de réussite pour un même modèle). Niveau 3, l'orchestration : plusieurs agents qui se répartissent des tâches longues, suivies sur un tableau de bord.
💡 Mon avis : si vous utilisez un assistant de code au quotidien, cette grille en trois niveaux est le meilleur plan de progression que j'ai vu passer. Le niveau 1 est à la portée de tout le monde et c'est celui où se trouvent la plupart des gains : un fichier de consignes bien tenu change plus les résultats qu'un changement de modèle. C'est ce que je constate avec mes propres fichiers de consignes. Réserves : les expériences chiffrées sont citées sans méthode, certains noms d'outils restent flous, et le niveau 3 est montré en démonstration, pas en production.
11. Les projets open source GitHub de la semaine
🇬🇧 ManuAGI · ⏱️ 13 min
La revue hebdomadaire de vingt projets open source, cette fois très centrée sur les agents d'IA. Trois familles ressortent. Économiser le contexte : un outil qui oblige l'agent à répondre en style "homme des cavernes" pour consommer moins de jetons, un autre qui isole les sorties volumineuses, un troisième qui compresse la conversation pour faire durer une session plusieurs jours. Outiller et sécuriser les agents : des bibliothèques de compétences installables sur des dizaines d'agents, un isolement au niveau du système pour les empêcher de sortir de leur périmètre, un graphe du code pour leur donner une mémoire du projet. Et des utilitaires locaux : une alternative locale aux services de voix de synthèse en plus de 600 langues, une recherche de fichiers quasi instantanée sur Mac, une reconnaissance de texte qui tourne sur un simple processeur.
💡 Mon avis : deuxième revue ManuAGI de l'édition, mais l'angle est différent de la n°3 : ici, du code à installer plutôt que des produits à surveiller. La famille "économiser le contexte" est la plus utile pour qui travaille longtemps avec un agent, parce que c'est là que les sessions se dégradent. Réserves : les promesses ("confiance zéro, latence zéro", "des jours de session") ne sont pas mesurées, la maturité des projets est inégale, et les licences ne sont pas toujours précisées (les poids de l'outil de reconnaissance de texte sont sous licence restreinte).
12. Des centres de données sous les ombrières des parkings
🇬🇧 CNBC Television - Jeff Thramann, LT350 · ⏱️ 4 min
Plutôt qu'un grand centre de données de 300 mégawatts, la société LT350 propose 300 petites installations de 1 mégawatt, fixées au plafond d'ombrières solaires de parkings. Les cartes graphiques arrivent dans des modules préfabriqués, sans refroidissement à l'eau, et chaque paire de modules est accompagnée d'une batterie de 200 kilowatts. Le solaire n'est qu'un appoint : ce sont les batteries qui permettent de se détacher du réseau aux heures de pointe et de jouer sur les écarts de prix de l'électricité. Les arguments avancés : moins d'emprise au sol, moins d'oppositions locales qu'un grand site, une puissance de calcul plus proche des utilisateurs, et, selon un ancien secrétaire américain à la Défense présent sur le plateau, une meilleure résistance aux cyberattaques.
💡 Mon avis : quatre minutes, une idée originale, et un bon contrepoint au coup de cœur : là où Crusoe va chercher l'énergie loin des villes, LT350 veut glisser le calcul dans les parkings. Les deux répondent au même goulot, l'électricité. Réserves : c'est une interview de dirigeant, donc une présentation commerciale ; rien sur le refroidissement réel, l'autonomie des batteries ou les coûts comparés à un centre classique, et aucun déploiement concret n'est montré.
💼 Business
13. Pourquoi 96 % des entreprises ne passeront jamais 2 M€ de CA
🇫🇷 Le Déclic par Alec Henry · ⏱️ 1 h 51
Une émission où des dirigeants de petites entreprises viennent exposer leur plafond, et repartent avec des pistes. Le constat de départ : seules 4 % des entreprises françaises dépasseraient 2 M€ de chiffre d'affaires, et le frein principal serait un manque de vision et de prise de risque - des dirigeants restés dans l'opérationnel, avec un modèle impossible à reproduire. Les leviers discutés : rendre son modèle duplicable avant de franchiser (tester d'abord une filiale ou une boutique témoin, calculer ce qu'un franchisé gagnera vraiment) ; investir fortement en publicité en ligne pendant un temps pour remplir une capacité de production sous-utilisée ; racheter ou s'associer à des entreprises complémentaires pour profiter de leur clientèle ; et structurer la vente, de l'acquisition automatisée à la montée en compétence d'un commercial.
💡 Mon avis : près de deux heures d'émission, à prendre par chapitres, mais le fil conducteur est juste : une entreprise qui plafonne manque rarement de produit, elle manque d'un modèle qu'on peut reproduire sans son fondateur. Le conseil de tester une boutique témoin avant de vendre une franchise est le plus solide, parce qu'il protège aussi les franchisés. Réserves : la statistique des 4 % n'est pas sourcée, les marges annoncées par les invités ne sont pas détaillées, les leviers proposés ne sont jamais chiffrés (coût d'acquisition, investissement, seuil de rentabilité), et l'histoire de croissance éclair d'un invité n'est pas vérifiable.
14. Construire une fois, être payé chaque mois : le business ennuyeux des sites web
🇬🇧 Nick Ponte · ⏱️ 11 min
Le constat : la plupart des petites entreprises ont déjà un site web, mais elles perdent des clients parce qu'elles répondent trop lentement. Une étude de la Harvard Business Review est citée : répondre à un prospect en moins d'une heure multiplie par sept les chances de parler à un décideur. Le vrai produit à vendre n'est donc pas le site, mais un premier résultat visible : capter une demande, envoyer un SMS en quelques secondes, prendre rendez-vous, obtenir un avis client (97 % des consommateurs lisent les avis, selon une enquête citée). Vendu en abonnement mensuel, cela change l'équation : à 997 dollars par mois, une centaine de clients suffit pour dépasser 100 000 dollars de chiffre d'affaires mensuel. Conseils pratiques : se spécialiser par métier, prospecter avec une courte vidéo qui montre les vrais problèmes du client, partir d'un modèle réutilisable, et surveiller les résiliations - avec 300 clients et 8 % de départs par mois, il faut en remplacer 24 chaque mois.
💡 Mon avis : méfiance avec le titre "payé pour toujours", mais l'idée centrale est bonne et vaut bien au-delà des sites web : ne pas vendre l'outil, vendre le premier résultat que le client voit. Le calcul sur les résiliations est le passage le plus honnête, parce qu'il montre qu'un revenu récurrent se gagne aussi chaque mois. Réserves : il s'agit de chiffre d'affaires, pas de bénéfice, sans coût d'acquisition ni marge ; plusieurs sources sont indirectes ; et le contexte est américain.
15. L'entreprise à 30 milliards à qui OpenAI paie un loyer 💛
🇬🇧 Gabriel Jarrosson (Lobster Capital) · ⏱️ 10 min
Crusoe est née en 2018 pour capter le gaz brûlé à la torche sur des sites pétroliers et s'en servir pour miner du Bitcoin. Elle fait toujours le même métier - trouver une énergie disponible, y installer de la puissance de calcul, la vendre -, mais pour l'IA. Elle maîtrise désormais toute la chaîne : l'énergie, la construction des centres de données, la plateforme de calcul. Elle cite une première tranche de 1,2 gigawatt au Texas mise en service en un an, environ 5 gigawatts sous contrat et plus de 40 en projet. Un contrat rapporté par la presse de 13 milliards de dollars sur 5 ans avec la société de trading Jane Street, et des clients comme OpenAI, Microsoft ou Meta, expliquent une valorisation privée proche de 30 milliards. La thèse : vendre l'intrant indispensable, l'énergie représentant selon la vidéo environ 60 % du coût d'exploitation d'un centre de données d'IA. Les risques sont listés sans détour : chiffres non audités, actifs lourds, concentration des clients, concurrence et précédents de surinvestissement.
💡 Mon avis : la meilleure leçon de lecture financière de la semaine. Tout le monde connaît l'image des vendeurs de pelles pendant la ruée vers l'or ; cette vidéo montre à quoi elle ressemble en 2026, puis, surtout, comment ne pas s'en contenter. Le chiffre à suivre n'est ni la valorisation ni les contrats signés, c'est la part de capacité qui tourne vraiment et encaisse. Une grille utile pour n'importe quelle annonce spectaculaire. Réserves : presque tous les chiffres viennent de l'entreprise ou de la presse, aucun compte audité n'est disponible, et l'auteur dirige un fonds d'investissement dans les start-up.
16. Il se passe quoi avec les formations ?
🇫🇷 Antoine BM · ⏱️ 36 min
Les chiffres qui ouvrent la vidéo sont rudes : des ventes en baisse de 24 % sur une grande plateforme de cours en ligne, un chiffre d'affaires divisé par deux pour une plateforme d'aide aux devoirs, jusqu'à -70 % pour certains créateurs. L'auteur confirme la crise mais refuse d'en faire porter toute la faute à l'IA. Son diagnostic : après le pic de 2020, l'offre a explosé bien plus vite que la demande, et l'IA a accéléré le mouvement en abaissant encore la barrière d'entrée et en permettant à des acteurs industriels de produire et traduire du contenu en masse. Sa réponse : une formation ne vend pas que de l'information, elle vend une histoire, une identification et un engagement. D'où quatre axes : incarner ses méthodes, inventer une méthode propre, construire une gamme de produits qui se complètent, et revenir à un marketing régulier (une vidéo longue par semaine, un lancement par mois dans son cas).
💡 Mon avis : dixième apparition d'Antoine BM dans la lettre, et la suite directe de sa vidéo du #17 sur "ce qui était rare est devenu abondant", appliquée cette fois à son propre métier. Ce qui la rend intéressante, c'est le refus de l'explication facile : l'IA n'a pas créé la crise, elle a accéléré une suroffre déjà là. La leçon vaut pour tout métier de conseil : ce qui ne peut pas être copié, c'est l'expérience et la personne. Réserves : les chiffres d'ouverture ne sont pas sourcés, la part de l'IA dans la baisse n'est pas mesurée, et beaucoup de conseils reposent sur ses propres résultats.
Voilà pour cette semaine 👀
Seize vidéos sur plus de sept mille. Si l'une d'elles vous a donné envie de reprendre une base plutôt que de courir après une performance, la lettre a fait son travail.
📖 Cette édition est aussi en ligne sur Vu, mon site de veille : https://vu.asnke.com/digest/SLUG-A-POSER-A-L-IMPORT
